La première photo du passé

Ils s’appellent Alphonse, Louise, Joseph, Marie ou encore Scholastique, Isidore, Hedwige et Jacquemart. Des noms par milliers qui composent mon passé, celle que je suis aujourd’hui, celle que nous sommes. Qui tracent des époques entières d’histoire de France, Belgique et Pologne. Mon histoire. A travers mes recherches généalogiques, ils me sont devenus plus proches, moins inconnus, comme familiers, traçant des branches entières de vies, de pertes, de découvertes. Du siècle dernier et celui encore avant, remontant jusqu’à Hugues Capet ou s’arrêtant précipitamment parce qu’une histoire a commencée sur le parvis d’un hôpital. Emue par certaines découvertes, par des photos anciennes, des maisons et des rues qui me sont devenues familières, j’avais envie de sortir de mes arbres, de mes fiches individuelles et leur donner vie, me questionner et renouer avec l’Histoire.

la toute première photo

Il est quelque chose d’étrange que d’entrer dans sa généalogie, dans un passé qui nous était alors inconnu : nous découvrons les branches d’un arbre qui est le nôtre et des noms deviennent une famille, comme tissée d’histoires infinies. Alors, on se retrouve à les imaginer et les inventer, ont-ils nos yeux, nos cheveux, qu’ont-ils transmis au cours de toutes ces générations ? Et on vit des scènes qui leur ont appartenues, comme l’histoire qu’ils veulent bien nous conter.  Si au départ, il s’agissait d’une envie d’adolescente, je pense bien que cette toute première photo que j’ai tenue dans mes mains m’a fait entrer de plain-pieds dans mon passé. Il y a Alphonse, mon arrière-grand-père, debout aux côtés de ses soeurs, Claire et Blanche. Il y a Marie et puis Joseph, entourant sa famille, ma famille. Ils nous sont si proches et pourtant tellement inconnus. Alors, dans les boites d’une maison que l’on vide, on découvre, on apprend et on se plonge dans une histoire qui nous était inconnue et cependant devenue si familière. Ils sont là, à la veille d’une guerre qui les séparera un temps, et accompagnant la photo, des pièces d’identité, des cartes de combattants, des cartes postales et un passé que l’on tisse de plus en plus, des documents si précieux qui nous rappellent combien ils sont importants pour ne pas oublier. Et puis, une deuxième photo, prise en pleine guerre, avec pour seule présence paternelle ce médaillon qui surplombe la famille. Et on tisse de nouveaux chemins à leur histoire, Firminy après le Nord de la France, la guerre après le bonheur et des brides d’un passé qui est le nôtre.

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une histoire de famille

Et tragiquement, les papiers nous font découvrir des bouts de leur histoire, la guerre, l’évacuation et une nouvelle adresse avant de revenir dans cette rue qui bercera plusieurs générations de ma famille, des cartes d’approvisionnement et puis, entre toutes ces photos, celles du décès de la cadette à l’âge de 24 ans. D’autres trésors plus précieux encore viendront compléter ma collection, comme ce meuble de couture que l’on connait tous, juché sur ses pieds et qui a servi de nombreuses familles, ou bien cette toute petite boite à secrets, dans lequel je trouve des milliers de fils et matériels de couture, sur lequel il est inscrit à la main « A notre Claire chérie, pour son 18ème anniversaire ». Des trésors faits main, par Joseph, alors menuisier. Des trésors d’un passé qui m’est désormais ouvert. C’était en 1919, au lendemain de la première guerre mondiale, un objet fabriqué et pensé pendant de nombreux mois, alors que la guerre fait rage, le 1er mai 1918, un an avant son 18ᵉ anniversaire.

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Il est de cette simplicité de se plonger dans un passé pas si lointain, c’est que les souvenirs ont été transmis bien assez souvent. Des secrets de famille qui ne sont pas vraiment, des informations qui nous sont contées avec grand plaisir et qu’aujourd’hui, je ficèle pour tenter d’écrire des bouts de leur vie. La première photo du passé, celle qui permet de mettre des visages sur des noms qui nous sont alors connus, celle qui nous permet de découvrir des traits qui nous appartiennent. Comme l’envie de retrouver ces milliers de portraits pour mettre un visage sur des noms que je connais désormais par coeur : Barois, Tellier, Cresson ou encore Leignel, Blondeau, Gallet. 

5 réflexions sur “La première photo du passé”

  1. J’avoue que je ne suis pas spécialement sensible à la généalogie et pourtant je sais que cela peut être important. Mon fils m’a déjà posé des questions auxquelles je ne sais pas répondre mais bon. En tout cas cela doit être vraiment intéressant effectivement de tomber sur une photo du passé et mettre une image sur ces/ses ancêtres.

  2. une fois dedans, on se passionne rapidement c’est fou ! et oui, les photos ont ce quelque chose de superbe !

  3. Perso, j’ai retrouvé dans ma vieille maison des objets de l’école de mon arrière grand père il y a une semaine;… c’est peut être un signe moi qui n’arrête pas de dire qu’il faut que je commence mon arbre

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